Arts plastiques

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Repères pour une évaluation au "fil de l’eau"

Dans une séquence de cours, le professeur fixe des objectifs d’apprentissage que les élèves seront amenés à atteindre par l’articulation entre la pratique et la théorie.

Ces objectifs visés permettront aux élèves de mobiliser et acquérir des compétences des trois composantes : plasticiennes, théoriques et culturelles.

Or, comme le définit Xavier Roegiers : « La compétence est la possibilité, pour un individu, de mobiliser de manière intériorisée un ensemble intégré de ressources en vue de résoudre une famille de situations problèmes ». (Xavier Roegiers, Une pédagogie de l’intégration. Compétences et intégration des acquis dans l’enseignement, 2000, Bruxelles : De Boeck, p.66-67.)

La question de l’évaluation, levier pour l’apprentissage, ne pouvant se résoudre à une unique étape sommative, il est important de se questionner sur les modalités que pourrait prendre l’évaluation formative tout au long de la séquence et du parcours de formation de l’élève.
La compétence se construisant de manière « intériorisée » :

  • comment élaborer, « au fil de l’eau », des stratégies d’étayage qui permettront à l’élève d’extérioriser et de structurer la pensée de sa pratique et de celle des autres ?
  • quelles questions puis-je poser à l’élève pour l’aider à clarifier sa recherche ? Comment amener mes questions ? A quel(s) moment(s) puis-je l’évaluer ?

Ces questionnements sont nécessaires pour générer les conditions qui permettront à l’élève de s’engager dans une phase de métacognition. Cette phase permet de « penser sa pensée » dans l’acte de faire. Ainsi, cette facilitation du recul réflexif favorise le repérage des notions en jeu dans leur travail, pour le comprendre et le nourrir, l’analyser et l’expliquer.

A partir des expériences menées lors des formations sur deux bassins de l’académie en 2019-2020, voici quelques modalités de mise en place de l’évaluation « au fil de l’eau » au sein d’une séquence d’arts plastiques.

 Stratégie proposées pour faire du temps de verbalisation un moment d’évaluation « au fil de l’eau » :

  • mettre des mots (je rajouterai : usage du vocabulaire spécifique) sur ce qui se produit
  • déterminer le passage entre intention et pratique
  • définir des intentions

En quoi cette méthode participe de l’évaluation ? De quel type d’évaluation parle-t-on ? Comment l’élève en prend-il conscience ?

Au-delà des arts plastiques, dans le cadre de définitions courantes de l’évaluation, il convient de rappeler qu’évaluer c’est :

  1. sur un plan général, déterminer, mesurer, objectiver, à l’aide de repères, les acquis, les compétences d’un individu face aux objectifs visés ;
  2. sur le plan scolaire, une procédure qui permet de porter une analyse et des observations sur le travail fourni par un élève, à partir d’un objectif d’apprentissage précis et en vue de prendre une décision pédagogique, laquelle peut être :
  • de passer à la séquence suivante ;
  • de proposer de nouvelles activités ;
  • de revoir la stratégie de la séquence ;
  • de revoir les modalités d’évaluation ;
  • de revoir l’objectif ou de l’abandonner.

Fiche n° 2 (Eduscol) : terminologie, étapes, processus, finalités de l’évaluation dans ses conceptions générales en éducation

L’évaluation « au fil de l’eau » est à penser dès le début de la séance ou séquence et non plus uniquement à la fin de cette dernière.

 Présentation des différentes productions des stagiaires avec la verbalisation

Comment privilégier une évaluation formative au fil des séances ?

 Le choix des Post-it, ce qu’ils permettent :

  • agir avec une économie de moyens
  • laisser une trace concrète et tangible
  • nourrir la pratique et le recul réflexif
  • différencier, accompagner
  • inviter à une réflexion collaborative
  • poser/choisir des mots qui seront ensuite structurés / contextualisés durant la verbalisation

 Le choix des étiquettes de couleurs pour catégoriser les mots :

  • étiquette jaune (propriétés, adjectif(s) qualificatif(s) de la matière)
    absorbant, poreux, transparent, mou, dur, liquide, rugueux, léger, lourd, ….
  • étiquette verte (verbe(s) d’actions)
    assembler, plier, entailler, découper, froisser, frapper, souffler, verser, ...
  • étiquette rouge (geste, passage de matière à matériau)
    figer, c’est … ?

Exemples de productions des stagiaires :

Production stagiaire
Production stagiaire
Production stagiaire


Production stagiaire
Production stagiaire
Production stagiaire

 Les Post-it peuvent être exploités de multiples façons :

Règle 1 : étiquettes cachées et dévoilées

  • Les Post-it sont déjà complétés et disposés sur le tableau
  • Les Post-it sont cachés au début de la pratique
  • Les Post-it sont découverts individuellement au bout de 20 minutes de pratique ; chacun doit venir décrocher un papier qui se rapproche de sa pratique. Des Post-it supplémentaires sur lesquels les élèves seraient invités à écrire un autre mot, verbe, nom, adjectif.

Cela permet une évaluation individuelle et introduit un choix de l’élève.

Règle 2 : étiquettes tirées au sort

  • Les Post-it sont complétés au fur et à mesure par l’enseignant
  • Les Post-it sont déposés dans une boîte
  • Les Post-it sont tirés au sort par l’élève qui essaye de les mettre en relation avec son travail. Cela permet un échange verbal avec les autres élèves qui vont pouvoir mettre en relation le mot tiré au sort avec leur travail.

Règle 3 : étiquettes différenciées

  • Des Post-it déjà renseignés par l’enseignant sont distribués (aux élèves en difficulté)
  • Des Post-it vierges sont distribués aux autres élèves pour noter un verbe, un adjectif, une propriété. Les mots sont affichés au tableau et permettent d’élargir la réflexion. Chaque élève associe le Post-it qui fait écho à sa production, il verbalise les propriétés de la matière et les gestes effectués.

 Conduire une verbalisation

La verbalisation est l’explicitation de la pratique. Elle est l’art de rendre compatibles l’expression personnelle et les apprentissages.

La verbalisation ou l’art de rendre compatibles l’expression personnelle et les apprentissages : « J’ai pas fait grand-chose... », une verbalisation en classe de 6e

Comment cerner les questions directement liées au problème posé ?
Comment prendre en compte le questionnement personnel de l’élève ?
Comment éviter l’écueil du « glissement » en s’éloignant alors du problème soulevé par la situation ?
Quelle posture d’enseignant adopter pour éviter cet écueil ?

 La Référence artistique ou culturelle

La référence peut prendre diverses formes et arriver à différents moments (début, pendant ou à la fin) de la séance / séquence selon ce que l’on veut faire surgir. La référence joue ainsi un rôle actif dans le processus de l’évaluation formative, puisqu’elle accompagne les questionnements de l’élève à l’aune de sa pratique.

Elle peut prendre diverses formes :

  • extrait sonore d’un artiste qui parle de son travail ou une citation ;
  • extrait vidéo d’un artiste en action ;
  • document écrit distribué, supplément de texte écrit ;
  • œuvre choisie d’un artiste …

La référence peut également devenir l’incitation de la séquence comme lors de la journée de formation avec l’œuvre d’Edith Dekyndt, A is hotter than B (A est plus chaud que B), 2005, vidéo, 9 minutes.

Edith Dekyndt, A is hotter than B (A est plus chaud que B), 2005

 Propositions d’évaluation « au fil de l’eau » :

Pendant la pratique, l’enseignant fait une vidéo de l’élève à plusieurs étapes d’avancement de sa réalisation.
Cela permet à la fin de la séance de revenir sur le processus de création et de comprendre les choix de l’élève (ses hésitations, ses prises de décision, ses remises en question, …).

  • Bouger ;
  • Questionner ;
  • Faire des remarques ;
  • Confronter ;
  • Relier les contraintes pour qu’apparaissent les manques ou les écueils ;
  • Relier les compétences évaluées (cela peut aider aussi à recentrer ou attirer l’attention de l’élève sur ce qu’on attend de lui dans ses propositions plastiques) ;
  • Sortir du matériel pour relancer ou aiguiller ;
  • Questionner l’élève sur son choix de médium et lui en proposer un nouveau pour l’inciter à réfléchir et à se repositionner sur un médium plus adéquat ;
  • Pratiquer la verbalisation en relation duelle ou en plus grand groupe.

 Outils pour penser l’évaluation « au fil de l’eau »

 Disques de repères :

Disque Notions
Disques de repères

Document distribué au début de la séance sur lequel l’élève peut garder trace des échanges avec le professeur et ainsi avoir un support lors de la verbalisation pour questionner sa pratique, les notions et adjectifs associés avec des démarches d’artiste.

C’est un gabarit que l’élève aurait à sa disposition dans la salle et qu’il pourrait utiliser lors de la verbalisation ou lors d’un retour réflexif à l’écrit, cela lui permettrait de choisir parmi certaines propositions des notions, adjectifs, verbes d’action en lien avec son travail.

Les disques respecteraient un code couleur précis pour une meilleure intégration des éléments.

  Cartes à coopérer :

Cartes à coopérer (usages)
Cartes à coopérer (détails)

« La coopération entre pairs se définit comme l’ensemble des situations où des personnes produisent ou apprennent à plusieurs. Elles agissent ensemble. La coopération, au-delà de la coordination et de la collaboration, correspond au niveau le plus étroit du faire à plusieurs, dans lequel les partenaires sont mutuellement dépendants, avec qui il est nécessaire de s’associer.
Plus précisément, la coopération est entendue comme ce qui découle des pratiques d’aide, d’entraide, de tutorat et de travail en groupe. »
(Sylvain Connac, La coopération entre élèves, 2017)

 Un autre exemple d’outil d’évaluation à partir de la fiche recto verso d’un formateur

Différencier les OBJECTIFS (amener l’élève à …) et les COMPETENCES (l’élève est capable de …)

Fiche séquence (1)
Fiche séquence (1) expliquée


Fiche séquence (2)
Fiche séquence (2) expliquée
Mise à jour : 13 novembre 2020